1. La douche froide marketing : Quand la com’ nous vend du rêve

On va se le dire franchement, l’attente autour de cette saison 5 de The Boys était tout simplement colossale. Après le final explosif et totalement chaotique de la saison précédente, j’étais bouillant, prêt à voir le monde imploser. En plus, Amazon et Prime Video n’ont pas lésiné sur les moyens pour nous mettre l’eau à la bouche. Ils ont sorti l’artillerie lourde pour la campagne promotionnelle à grand coup de visuels dantesques. Tu voyais fleurir partout des affiches monumentales avec Homelander qui planait au-dessus de la Terre avec un regard de psychopathe, des missiles nucléaires prêts à être mis à feu en arrière-plan, et un Billy Butcher déterminé, campant fièrement devant une Maison Blanche en ruines. On s’attendait tous à ce que la Terre tremble pour de bon, à une guerre ouverte totale, une apocalypse planétaire ultra-violente où chaque épisode nous laisserait sur le carreau.

Sauf que toute cette communication ultra-agressive a fini par produire l’effet inverse : elle a gâché le truc. À force de nous promettre l’apocalypse sur des posters en haute définition, la réalité à l’écran a été beaucoup plus timide et confinée. On s’est fait hyper pour pas grand-chose, et le décalage entre la promesse d’une guerre mondiale de super-héros et ce qu’on nous a réellement servi à l’écran laisse un sérieux goût d’inachevé.

2. Le rythme en dents de scie : Épisodes « fillers » ou vrais moments de pause ?

Sur les 8 épisodes que compte cette ultime saison, j’ai vu passer énormément de théories et de coups de gueule sur le net. Beaucoup de fans ont hurlé au scandale et au remplissage, notamment autour des épisodes 3 et 4, jugés par la majorité comme de purs épisodes “fillers”. C’est vrai que si tu regardes la série avec une grille de lecture purement comptable, en attendant uniquement que l’intrigue principale avance à grands pas vers l’affrontement final, ces épisodes donnaient l’impression de faire du surplace complet.

Mais personnellement, cela ne m’a pas dérangé du tout. Je les ai même trouvés super intéressants et nécessaires pour l’épaisseur du récit. Pourquoi ? Parce qu’ils mettaient en avant des interactions inédites entre certains personnages qui ne s’étaient jamais vraiment posés pour discuter. On a eu droit à de grosses révélations sur leur passé, sur leurs traumatismes et sur leurs véritables motivations profondes. Certes, l’histoire n’avançait pas à un rythme de TGV, mais cela permettait de souffler un bon coup, de poser les enjeux humains et de rappeler que derrière toute cette folie de super-pouvoirs, il y a des trajectoires brisées qu’il fallait bien conclure.


⚠️ ATTENTION SPOILERS : Si tu n’as pas encore terminé la saison, arrête-toi ici immédiatement !


3. Des destins inégaux pour les Supes (SPOILERS)

A. La fin tragique (et ridicule) de Black Noir

Entrons dans le vif des révélations et parlons des personnages qui nous ont quittés. Le traitement de Black Noir m’a laissé un sentiment de frustration assez immense. Les scénaristes ont pris le temps de nous construire tout un épisode centré sur lui, une sorte de parenthèse intime pour nous raconter sa double vie d’acteur, ses aspirations artistiques profondes et sa détresse en dehors du costume de tueur muet à la solde de Vought. Tout ça pour aboutir à quoi ? Sa pièce de théâtre tourne court, le metteur en scène avec qui il répétait et partageait une vraie complicité se fait bêtement assassiner, et lui se lance dans une quête de vengeance aveugle et irréfléchie pour finir par se faire descendre de manière totalement absurde. Comme on dit chez moi au Cameroun, le gars est mort cadeau, pour rien du tout. Déployer autant de mise en contexte et d’empathie pour une fin aussi expédiée, c’est presque un manque de respect pour le personnage.

B. Le juste retour de bâton pour The Deep

Du côté de l’homme-poisson, la sentence est enfin tombée, et de la manière la plus ironique possible. Même si le personnage pouvait faire un peu pitié par moments — complètement inféodé à Homelander et rabaissé plus bas que terre —, il ne faut pas oublier que le type était d’une violence et d’une toxicité crasse depuis les tout premiers épisodes. Sa fin est logiquement méritée, une sorte de retour de karma immédiat. Lors d’un énième affrontement, Stella l’a balancé sans ménagement dans la flotte. Ce qu’elle ne savait pas , c’est que tous les poissons et créatures marines de la zone avaient développé une haine viscérale contre lui après des années d’abus et de bizarreries. Autant dire qu’il a été accueilli par son propre royaume d’une façon très sauvage.

C. Le cas Homelander et le destin sacrificiel de Butcher

Le véritable point de bascule de la saison arrive à l’épisode 6. Le grand tournant que tout le monde attendait : Homelander se retrouve face au composé V1 . À ce moment précis du visionnage, la tension était à son comble et je me suis demandé par quel miracle linguistique ou scénaristique les Boys allaient réussir à s’en sortir pour stopper ce monstre. Ils ont fini par nous sortir une sorte d’ingrédient miracle — appelons-la l’élément X — pour le neutraliser définitivement.

Mais pour être tout à fait honnête, la finalité choisie pour le Protecteur m’a pas mal déçu. Homelander, je ne voulais pas d’une mort ou d’une simple mise hors d’état de nuire. Le fait qu’il perde ses pouvoirs, c’est une chose, mais j’aurais tellement voulu qu’il vive en tant qu’humain et qu’il souffre sur la durée. Après avoir terrorisé, manipulé et fait subir les pires atrocités à la Terre entière en se prenant pour un dieu, il fallait lui montrer ce que ça fait d’être un moins que rien. Le voir vieillir, anonyme, faible et impuissant, condamné à regarder le monde tourner sans lui, voilà la vraie punition qu’il méritait.

Pour le reste du casting, Sister Sage a pris la décision radicale de renoncer d’elle-même à ses pouvoirs parce que sa propre intelligence infinie et sa surchauffe cérébrale commençaient sérieusement à la rendre dingue. Kimiko se retrouve malheureusement bien seule après les événements, ce qui brise un peu le cœur. Heureusement, au milieu de ce champ de ruines, Hughie et Stella s’en sortent avec un semblant de “happy end” plutôt propre et mérité après tant d’années de traumatismes. Et aussi La Crème a une fin tres heureuse, avec son mariage. Butcher meurt en restant fidèle à ses convictions, ce qui respecte globalement la trajectoire tragique du matériel de base des comics, même si la série s’en est énormément éloignée au fil des ans.

4. Une conclusion plombée par l’argent et les spin-offs

A. Un final à huis clos à cause des restrictions budgétaires

Le grand affrontement final qu’on imaginait tous sur la pelouse de la Maison Blanche ou au milieu d’un New York en ruines entre Butcher, Homelander et le jeune Ryan s’est finalement résumé à un combat très restreint, presque à huis clos dans des intérieurs sombres. C’était flagrant qu’il manquait de l’air et de l’espace. On imagine un peu, le fin mot de l’histoire : Prime Video a surement imposé des restrictions budgétaires et des baisses financières sur cette ultime saison. Forcement, à l’écran, le manque de moyens se voit comme le nez au milieu de la figure, limitant l’ampleur des effets visuels et réduisant l’impact de ce qui aurait dû être le plus grand choc de l’histoire des séries de super-héros.

B. L’ombre pesante et mercantile de l’univers étendu

L’autre gros point noir qui gâche le plaisir, c’est que cette saison 5 a trop souvent ressemblé à une gigantesque vitrine publicitaire pour les futurs spin-offs de la franchise, notamment Vought Rising. C’est une méthode de studio particulièrement lourde à digérer pour le spectateur. Par moments, l’écriture mettait carrément l’intrigue principale en pause forcée uniquement pour introduire de nouveaux visages ou développer des sous-intrigues dont le seul et unique but est de peupler les prochaines productions dérivées de la plateforme. C’est peut-être logique sur le plan commercial pour capitaliser sur la poule aux œufs d’or, mais artistiquement, ça faisait un peu trop “tralala” inutile et ça a complètement parasité le rythme de ce grand final.

Heureusement, tout n’est pas noir et on a eu droit à d’excellents moments de fan-service pur. Je pense notamment aux retrouvailles mémorables entre les anciens acteurs de la série Supernatural (les interprètes de Castiel et Dean) qui partagent ici une scène savoureuse avec des rôles à contre-emploi totalement différents. Leurs interactions étaient extrêmement drôles, pleines de clins d’œil et impeccablement écrites. Et puis, il faut rendre à César ce qui appartient à César : Antony Starr a porté la série sur ses épaules du premier épisode de la saison 1 jusqu’à la toute dernière seconde de ce final. Ce type est un monstre d’acting, capable de passer de la vulnérabilité enfantine à la démence pure en un battement de cils, et j’espère vraiment que le cinéma hollywoodien va enfin le reconnaître à sa juste valeur en lui ouvrant les portes de très grands projets.

La réunion des frères Winchester

La réunion des frères Winchester. © 2026 Crédit image : Amazon Prime Video / Sony Pictures Television (Droits réservés)

5. Le bilan : Une satire qui a anticipé le monde réel

Si on prend un peu de recul sur ces cinq années de diffusion, The Boys reste une œuvre télévisuelle majeure qui aura marqué son époque. Les saisons 1, 2 et 3 étaient absolument magnifiques, ultra-percutantes et totalement concentrées sur le cynisme corporatiste de Vought et la dérive des Supes. La saison 4 avait connu une petite baisse de régime bien visible, et cette saison 5 confirme une trajectoire beaucoup plus politique et sociétale.

La série s’est transformée au fil du temps en une critique ultra-acerbe, presque journalistique, de l’Amérique contemporaine. Elle parodie sans aucun filtre ni diplomatie les dérives populistes, les théories du complot en ligne, et les comportements outranciers de figures publiques réelles comme Donald Trump, Elon Musk ou même les récents déboires judiciaires de P. Diddy. Le plus fou dans tout ça, c’est que le showrunner a précisé dans une interview que la quasi-totalité des scripts avaient été bouclés bien avant que ces événements de l’actualité ne se produisent textuellement dans la vraie vie. On a cette impression persistante que les scénaristes ont devancé la réalité, ce qui rend le visionnage de ce final particulièrement troublant et prophétique.

Pour cette dernière danse imparfaite mais nécessaire. Je sais parfaitement que de nombreux fans ont été extrêmement déçus par les raccourcis scénaristiques et ont violemment clashé la production sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à se demander s’il était devenu mathématiquement impossible de réussir la fin d’une grande série populaire de nos jours. Ce n’est clairement pas le chef-d’œuvre absolu qu’on espérait, mais la boucle est bouclée.

Rapport du Lab : ⭐⭐⭐☆☆